J’ai écrit Feu éternel en juillet 2025, lors de mon premier séjour en clinique.
Mais le feu, lui, brûlait depuis bien plus longtemps.
Enfant, j’écrivais déjà des poèmes pour toutes les occasions. Plus tard, il y a eu les chansons. Et parmi les premiers avec qui j’ai partagé ce plaisir de composer, il y avait mon père.
Je crois que c’est lui qui m’a transmis le feu sacré.
Cette envie de prendre des mots, une mélodie, une émotion et d’en faire quelque chose qui puisse passer d’une personne à une autre.
C’est drôle, finalement.
En juillet 2025, au milieu d’une période où j’essayais justement de me reconstruire, j’ai donné à une chanson le titre Feu éternel.
Je n’imaginais pas encore à quel point ces deux mots allaient résonner avec le reste.
Parce qu’avant cette chanson, il y avait eu la transmission de mon père.
Et avant même Feu éternel, il y avait eu une autre flamme : celle que j’avais portée à Liévin, le 3 juillet 2024.
Aujourd’hui, en préparant mon défi du 19 novembre, je retrouve encore cette même idée.
Une énergie n’a peut-être de sens que lorsqu’elle circule.
Créer, c’est mettre quelque chose en mouvement
J’ai toujours aimé créer.
Écrire. Composer. Imaginer.
Prendre une idée qui n’existe encore que dans ma tête et essayer de lui donner une forme.
Mais ce qui m’intéresse le plus n’est peut-être pas l’objet créé.
C’est ce qu’il provoque.
Une chanson existe vraiment lorsqu’elle rencontre quelqu’un.
Un livre change de nature lorsqu’un lecteur y reconnaît un morceau de sa propre histoire.
Un podcast peut partir d’une expérience extrêmement intime et finir dans les écouteurs d’une personne que je ne rencontrerai probablement jamais.
Et sur scène, c’est encore autre chose.
Il y a une énergie. Quelque chose circule.
Je donne. Le public reçoit. Mais le public me renvoie également quelque chose.
Et, pendant quelques instants, il devient difficile de savoir précisément à qui appartient cette énergie.
J’ai ressenti la même chose avec la flamme
Le 3 juillet 2024, à Liévin, j’ai porté la flamme olympique.
Bien sûr, il y avait le symbole. Le parcours. L’émotion.
Mais ce dont je me souviens aussi, c’est du public.
Des voix. Des encouragements. De cette présence autour de moi.
Je portais la flamme, mais je n’étais pas seul à faire vivre ce moment.
Et finalement, cela ressemblait étrangement à ce que je ressens lorsque je monte sur scène.
On pourrait croire que l’un crée pendant que les autres regardent.
Je ne le vis pas comme cela.
Le public fait partie de l’histoire.
Une flamme n’a de sens que si elle se transmet
C’est probablement ce qui me fascine dans ce symbole.
Une flamme peut éclairer. Réchauffer. Rassembler.
Mais surtout, elle peut en allumer une autre sans perdre la sienne.
Je trouve cette idée assez extraordinaire.
Et elle dépasse largement les Jeux olympiques.
Transmettre une expérience ne signifie pas s’en débarrasser.
Partager une idée ne signifie pas la posséder moins.
Donner de l’énergie à quelqu’un ne nous condamne pas nécessairement à en avoir moins.
Parfois, c’est même exactement l’inverse.
C’est ce que j’essaie de faire lorsque j’écris. Lorsque je chante. Lorsque je prends la parole. Lorsque je monte sur scène.
Et probablement aussi lorsque je transforme une expérience personnelle en engagement collectif.
Créer pour ne pas laisser les choses s’arrêter à soi
Mon livre est né de cette envie.
Le podcast aussi.
Mes chansons également.
Et le spectacle que je construis aujourd’hui poursuit finalement le même mouvement.
Les formes changent. Les mots changent. Les publics changent.
Mais derrière, il y a souvent la même question :
qu’est-ce que je peux transmettre de ce que j’ai vécu ?
Pas pour donner des leçons.
Pas pour proposer un mode d’emploi.
Et certainement pas pour prétendre que mon parcours serait universel.
Mais parce qu’une expérience individuelle peut parfois rencontrer quelque chose d’universel.
La peur. La chute. L’amour. La solitude. La lumière. L’envie de recommencer. Le besoin d’être relié aux autres.
Peut-être est-ce cela, un feu éternel
Pas quelque chose qui brûle indéfiniment au même endroit.
Mais quelque chose qui passe.
D’une personne à une autre.
D’une histoire à une autre.
D’une scène à une salle.
D’un auteur à un lecteur.
D’une voix à une oreille.
D’un porteur de flamme au suivant.
Et c’est là que mon défi du 19 novembre prend, pour moi, une autre dimension.
Je vais ramer pendant douze heures.
Évidemment, il faudra de l’énergie pour aller au bout.
Mais si je suis seul à la produire, l’exercice aura beaucoup moins d’intérêt.
J’ai envie que des personnes viennent.
Qu’elles rament quelques minutes. Qu’elles encouragent. Qu’elles racontent. Qu’elles prennent le relais.
Parce que ce défi n’a jamais été pensé comme la performance solitaire d’un homme aveugle sur un rameur.
Il doit devenir un moment collectif.
De la flamme au rameur
Lorsque je regarde ces dernières années, tout cela pourrait sembler complètement décousu.
Une chanson. Un livre. Des conférences. Des engagements associatifs. Une flamme olympique. Un podcast. Un spectacle. Et maintenant un rameur.
Pourtant, moi, j’y vois de plus en plus clairement le même mouvement.
Recevoir. Transformer. Transmettre.
Peut-être est-ce même cela qui relie mes quatre univers.
Mon quotidien nourrit mes engagements.
Mes engagements nourrissent mon approche.
Mon approche nourrit mes créations.
Et mes créations repartent vers les autres.
La boucle n’est jamais complètement fermée.
Quelqu’un reprend toujours quelque chose.
Une idée. Une émotion. Une envie. Une flamme.
Alors finalement, lorsque j’ai appelé cette chanson Feu éternel, en juillet 2025, je mettais peut-être des mots sur quelque chose qui m’accompagnait depuis l’enfance.
Mon père m’avait transmis le feu sacré.
Depuis, j’essaie simplement d’en faire quelque chose.
Créer.
Partager.
Transmettre.
Et parfois passer la flamme.
Parce qu’un feu n’a pas besoin de brûler éternellement au même endroit pour devenir éternel. Il suffit qu’il se transmette.
