Poignet portant trois bracelets : un bracelet offert pour la fête des Pères, un bracelet symbolisant le chemin de vie et un bracelet d’hospitalisation

Hors-série — Mitterie Forever

Il y a des endroits dont on rêve de partir.

Et que l’on n’oublie jamais vraiment une fois parti.

Une clinique d’addictologie fait probablement partie de ces endroits-là.

Lorsque j’y suis entré, je savais pourquoi j’étais là. Je savais aussi que le travail m’appartiendrait.

Mais je n’avais peut-être pas encore compris à quel point un parcours individuel pouvait se construire avec les autres.

Pendant quelques semaines, il y a eu celles et ceux qui ont partagé mon quotidien.

Des infirmières.

Pour une discussion au retour d’une permission.

Pour ces soirs où le sommeil ne venait pas.

Pour écouter le récit d’une journée qui avait été bonne, mauvaise ou simplement étrange.

Pour distribuer les médicaments avec un sourire qui, certains jours, comptait probablement davantage qu’elles ne l’imaginaient.

Il y a eu celles et ceux qui m’ont aidé dans ces gestes minuscules que la déficience visuelle peut parfois rendre beaucoup moins minuscules.

Remplir un document.

Mettre de la confiture sur une tartine au petit déjeuner.

Faire un lit.

Des choses ordinaires.

Mais l’autonomie ne consiste pas à tout faire seul.

Elle consiste aussi à pouvoir demander de l’aide lorsque l’on en a besoin, sans avoir le sentiment de perdre quoi que ce soit de sa dignité.

Il y a eu les soignants

Des médecins et des professionnels avec lesquels j’ai parlé individuellement.

D’autres que j’ai retrouvés lors d’ateliers collectifs.

Et progressivement, quelque chose a changé dans ma manière de regarder mon parcours.

Je suis arrivé avec l’alcool comme sujet évident.

J’en repars en comprenant que le véritable sujet était peut-être moi.

Pas seulement arrêter.

Comprendre.

Identifier.

Accepter.

Modifier certaines choses.

En consolider d’autres.

Et surtout apprendre à aller mieux plutôt qu’à simplement courir après l’abstinence.

Cette différence peut sembler minuscule.

Pour moi, elle change beaucoup de choses.

Aujourd’hui, je me sens libre.

En paix.

Avec ce que j’appelle désormais une confiance raisonnée.

Pas la certitude que plus rien ne pourra arriver.

Pas la promesse spectaculaire d’un « plus jamais ».

Mais la confiance dans le travail accompli et dans ma capacité à continuer à prendre soin de ce qui a été construit.

Il y a eu aussi tout ce qui fait le quotidien

Le soin ne se passe pas uniquement dans un cabinet ou autour d’un médicament.

Il y a eu aussi le sport.

Des ateliers qu’il fallait parfois adapter pour que ma déficience visuelle ne soit pas un obstacle supplémentaire. Là encore, je n’ai pas eu besoin de me battre pour participer : on a cherché comment faire autrement.

Et puis il y a eu l’administratif.

Un renseignement à demander. Un document à imprimer. Un papier à remplir. Ces toutes petites choses qui peuvent rapidement devenir beaucoup plus compliquées lorsqu’on ne voit pas.

Là aussi, j’ai trouvé des personnes disponibles, qui ont simplement répondu présent.

Cela paraît peut-être anodin.

Ça ne l’est pas.

Parce qu’être accompagné, c’est aussi pouvoir continuer à faire partie du quotidien sans que chaque difficulté devienne un combat.

Il y a eu les autres

Parce qu’une clinique est aussi un drôle de lieu de rencontres.

On ne se choisit pas vraiment.

On arrive avec nos histoires, nos fragilités, nos caractères et parfois nos casseroles suffisamment grandes pour ouvrir un magasin d’ustensiles de cuisine.

Et pendant quelques semaines, on partage beaucoup.

Les repas.

Les ateliers.

Les cafés.

Les silences.

Les éclats de rire.

Les journées avec.

Et les journées franchement sans.

Certaines personnes ne feront probablement que traverser mon histoire.

D’autres y resteront.

Mais chacune, à sa manière, aura participé à cette période particulière de ma vie.

Et puis il y a ceux qui étaient déjà là

Ceux qui n’avaient ni blouse blanche ni badge de la clinique.

Les amis.

Ceux qui connaissaient déjà certaines pages de l’histoire.

Ceux qui étaient là avant l’hospitalisation et qui sont restés présents pendant.

Un message.

Un appel.

Une visite.

Une présence qui ne cherche pas nécessairement la bonne phrase parce qu’elle sait parfois qu’il n’y en a pas.

Ils ont compté eux aussi.

Beaucoup.

Et puis il y a mes enfants

Ceux pour qui je suis parti quelques semaines, mais aussi ceux vers qui je reviens.

Une hospitalisation éloigne physiquement. Elle oblige parfois aussi à regarder différemment ce que l’on veut préserver, réparer, construire ou simplement vivre.

Ils n’ont pas à porter mon parcours. Il m’appartient.

Mais ils font évidemment partie des raisons pour lesquelles j’ai envie de prendre soin de la suite.

À eux aussi, merci.

Je suis celui qui repart. Mais je ne repars pas seul.

Il serait tentant de raconter la sortie d’une clinique comme le moment où l’on reprend enfin sa vie.

Je ne crois pas avoir interrompu la mienne.

Ces semaines en faisaient partie.

Elles ne constituent ni une parenthèse à oublier ni une médaille à accrocher au mur.

Elles font désormais partie du chemin.

Et ce chemin, même s’il reste le mien, porte un peu de toutes les personnes croisées ici.

Celles qui ont soigné.

Celles qui ont aidé.

Celles qui ont écouté.

Celles qui ont adapté.

Celles qui ont partagé.

Celles qui ont appelé.

Celles qui m’ont parfois simplement fait rire au moment où j’en avais besoin.

Je ne citerai pas leurs prénoms.

Elles se reconnaîtront peut-être.

Et si elles lisent un jour ces lignes, je voudrais simplement qu’elles sachent une chose :

merci.

Mon parcours en addictologie m’appartient.

Personne ne peut le construire à ma place.

Mais je comprends aujourd’hui que cela ne signifie absolument pas que je dois le construire seul.

Je repars libre.

Je repars en paix.

Je repars avec une confiance raisonnée.

Et avec un petit morceau de toutes ces rencontres dans mes bagages.

Mitterie Forever.

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