Trottoir à Ronchin avec un potelet sur le cheminement, du mobilier urbain et des poubelles plus loin, illustrant les enjeux d’accessibilité de l’espace public.

À qui appartient vraiment l’espace public ?

À Ronchin comme ailleurs dans la métropole, je me pose régulièrement cette question.

À qui appartient un trottoir ?

À celui qui marche. À celle qui pousse une poussette. À la personne âgée qui avance moins vite. À celui qui circule en fauteuil roulant. À celle qui se déplace avec une canne blanche.

En théorie, un peu à tout le monde.

Dans la réalité, il suffit parfois de quelques dizaines de mètres pour que le partage devienne beaucoup moins évident.

Des potelets. Des poubelles. Une voiture mal stationnée. Du mobilier urbain qui s’accumule. Un trottoir dégradé.

Et ce qui ressemble à un détail d’aménagement pour certains peut devenir un obstacle, voire un danger, pour d’autres.

L’accessibilité ne commence pas avec le handicap

Je suis aveugle et je me déplace avec une canne blanche. Évidemment, cela influence ma manière de percevoir l’espace public.

Mais ce que je défends ne concerne pas uniquement les personnes déficientes visuelles.

Un cheminement encombré pose aussi problème à un parent avec une poussette. Un trottoir dégradé peut devenir difficile pour une personne âgée. Un passage trop étroit peut empêcher le passage d’un fauteuil roulant.

L’accessibilité est souvent présentée comme une adaptation destinée à quelques-uns. Je préfère la regarder comme une manière de concevoir un espace public utilisable par le plus grand nombre.

Concevoir avec, plutôt que pour

Ces derniers mois, plusieurs situations à Ronchin m’interrogent.

La mise en accessibilité de la piscine en est une. Lorsque j’ai questionné l’absence de concertation actuelle avec les personnes concernées, il m’a été expliqué que la réflexion avait été menée lors du mandat précédent.

Je peux entendre qu’un projet s’inscrive dans une histoire longue. Mais l’accessibilité n’est pas quelque chose que l’on consulte une fois pour toutes.

Les usages évoluent. Les besoins aussi. Et surtout, les personnes concernées ne devraient pas découvrir les solutions une fois qu’elles ont déjà été pensées.

Le même questionnement se pose lorsque la ville travaille à rendre son journal municipal plus accessible aux personnes déficientes visuelles.

L’intention est évidemment positive. Mais là encore, pourquoi ne pas construire cette accessibilité avec celles et ceux qui vont réellement l’utiliser ?

Ce n’est pas une critique de principe. C’est une méthode que je défends : concevoir avec plutôt que concevoir pour.

Un potelet n’est jamais seulement un potelet

La photo qui accompagne cet article pourrait sembler parfaitement banale. Et c’est précisément ce qui la rend intéressante.

L’accessibilité se joue rarement uniquement dans les grands équipements.

Elle se joue aussi dans l’implantation d’un potelet. Dans l’endroit où l’on laisse sa poubelle. Dans l’état d’un revêtement. Dans une voiture qui déborde sur un cheminement. Dans le choix d’ajouter — ou de ne pas ajouter — un mobilier supplémentaire.

Pris séparément, chacun de ces éléments paraît parfois dérisoire. Mis bout à bout, ils dessinent pourtant la possibilité — ou l’impossibilité — de se déplacer de manière autonome.

De Ronchin à la métropole

Je siège au conseil d’administration du CCAS de Ronchin et notre association participe désormais à la Commission Intercommunale pour l’Accessibilité de la Métropole Européenne de Lille.

Je ne veux pas opposer ces différents niveaux. Au contraire.

C’est précisément là que les expériences locales deviennent intéressantes.

Une difficulté rencontrée dans une rue de Ronchin peut poser une question valable à Lille, Tourcoing, Roubaix ou dans n’importe quelle autre commune de la métropole. Et une bonne solution imaginée ailleurs peut parfaitement inspirer Ronchin.

La concertation n’est pas une case à cocher

Il existe des commissions. Des associations. Des habitants. Des personnes directement concernées.

Utilisons-les.

Pas uniquement lorsqu’un projet est presque terminé. Pas seulement pour présenter ce qui a déjà été décidé. Mais suffisamment tôt pour que leur expérience puisse réellement modifier le projet.

Car consulter ne signifie pas forcément être d’accord. Cela ne signifie pas davantage que chaque demande pourra être satisfaite.

Cela signifie simplement accepter que l’expertise d’usage est une expertise.

Dire aussi d’où je parle

Il me semble également important d’être transparent sur ma propre position. Mon engagement local ne se limite pas au handicap et à l’accessibilité : je suis responsable du comité Horizons de Ronchin. J’ai également été candidat aux élections législatives de 2022 dans la deuxième circonscription du Nord.

Cette dimension politique peut évidemment interroger lorsque je m’exprime sur l’action municipale, et je préfère donc la rendre explicite plutôt que la laisser dans l’angle mort.

Elle pose aussi une question plus large : celle de la représentativité. Quand je siège au CCAS, quand je contribue aux travaux sur l’accessibilité ou lorsque je prends publiquement position, je ne prétends pas parler au nom de toutes les personnes handicapées, pas plus qu’un engagement politique ne me donne à lui seul la parole des habitants.

Je parle depuis mon expérience, mes responsabilités et mes convictions, en essayant de les confronter à celles des autres.

C’est précisément pour cette raison que je défends la concertation. Avoir une responsabilité ne dispense pas d’écouter ; cela devrait au contraire obliger à le faire davantage.

Partager l’espace commence peut-être par partager sa conception

Je ne souhaite pas une ville pensée pour les personnes aveugles.

Je souhaite une ville dans laquelle on pense aussi à elles.

Et aux personnes en fauteuil. Aux enfants. Aux personnes âgées. Aux parents avec une poussette. À celles et ceux qui vivent temporairement avec une mobilité réduite.

Finalement, à chacun d’entre nous à différents moments de notre vie.

Alors, lorsque nous parlons de partage de l’espace public, commençons peut-être un peu plus tôt.

Partageons aussi la réflexion qui permet de le construire.

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