Éléments naturels de différentes matières reliés en cercle, illustrant l’interdépendance au cœur de la Perma’Inclusion

Tout est lié

J’ai longtemps essayé de ranger les choses dans des cases.

Le handicap d’un côté.

La santé mentale de l’autre.

Le travail ailleurs.

Les addictions dans une boîte que l’on préférerait parfois laisser fermée.

La parentalité, les relations, les projets, les réussites, les échecs, les envies… chacun dans son petit compartiment.

C’est pratique, les compartiments.

Cela donne l’impression que l’on peut traiter les problèmes les uns après les autres.

Réparer ici. Compenser là. Adapter ailleurs.

Et puis reprendre sa route.

Sauf que la vie possède une assez mauvaise habitude : elle ne respecte absolument pas nos classements.

J’en sais quelque chose.

Ces dernières années, j’ai traversé suffisamment de cases administratives, médicales, professionnelles et personnelles pour commencer à comprendre qu’aucune ne racontait vraiment l’ensemble de l’histoire.

Alors une conviction s’est progressivement installée.

Tout est lié.

Et si nous voulions réellement parler d’inclusion, il fallait peut-être commencer par là.

Une personne n’est pas une addition de problèmes

Lorsque l’on rencontre une difficulté, notre premier réflexe consiste souvent à chercher une solution.

C’est plutôt une bonne nouvelle.

Une personne ne voit pas ? Rendons l’information accessible.

Une personne rencontre des difficultés pour se déplacer ? Adaptons l’espace.

Un salarié traverse une période de fragilité psychologique ? Cherchons comment l’accompagner.

Une personne est éloignée de l’emploi ? Travaillons son insertion professionnelle.

Pris séparément, chacun de ces raisonnements paraît parfaitement logique.

Le problème, c’est que la personne qui se trouve au milieu, elle, ne vit pas séparément.

Prenons un exemple que je connais plutôt bien.

Être aveugle peut compliquer certains déplacements.

Ces difficultés peuvent réduire l’autonomie.

Une autonomie fragilisée peut progressivement limiter certaines activités ou certaines relations sociales.

L’isolement peut avoir des conséquences sur la santé mentale.

Une santé mentale fragilisée peut rendre plus difficile le travail, les démarches administratives ou les relations avec les autres.

Et une difficulté professionnelle peut à son tour avoir des conséquences financières, familiales ou sociales.

À quel moment avons-nous changé de sujet ?

Probablement jamais.

Nous avons simplement suivi le fil.

Le problème n’est pas toujours là où on le cherche

C’est quelque chose que mon parcours m’a appris assez brutalement.

On peut passer beaucoup de temps à essayer de réparer ce qui semble dysfonctionner chez une personne sans regarder suffisamment ce qui se passe autour d’elle.

Pourtant, notre environnement agit constamment sur nous.

Un site Internet inaccessible peut empêcher d’effectuer seul une démarche.

Une information incompréhensible peut créer de la dépendance.

Une organisation trop rigide peut transformer une petite difficulté en véritable obstacle.

Un regard maladroit peut faire hésiter quelqu’un à demander de l’aide.

Une succession de petits obstacles peut finir par épuiser.

Pris individuellement, chacun paraît parfois insignifiant.

Ensemble, ils peuvent profondément modifier une trajectoire.

C’est aussi pour cela que je suis devenu assez méfiant devant une phrase que l’on entend régulièrement :

« On va trouver une solution pour cette personne. »

Je préfère de plus en plus une autre question :

qu’est-ce que cette situation nous apprend sur notre environnement ?

La différence peut sembler minuscule.

Elle change pourtant complètement le point de vue.

De la compensation à l’écosystème

Pendant longtemps, lorsque l’on parlait de handicap, le raisonnement reposait essentiellement sur la compensation.

Il existe une difficulté.

On cherche donc quelque chose pour la compenser.

Une aide humaine.

Un outil technique.

Un aménagement.

Tout cela reste évidemment indispensable.

Ma canne blanche ne va pas se remplacer par une grande réflexion philosophique sur l’inclusion. Et je préfère prévenir : essayer de détecter une bordure avec un concept fonctionne assez mal.

Mais compenser ne suffit pas toujours.

Parce qu’à force de corriger les conséquences, nous pouvons oublier d’observer le système qui les produit.

C’est là qu’une autre idée a commencé à m’intéresser.

Et si nous pensions davantage en écosystème ?

Pas seulement la personne.

Pas seulement son handicap.

Pas seulement son poste de travail.

Mais les interactions entre la personne, son environnement, ses ressources, ses fragilités, les autres et l’organisation dans laquelle elle évolue.

C’est précisément à cet endroit qu’est née, pour moi, la Perma’Inclusion.

Pourquoi « Perma’Inclusion » ?

Le mot n’est évidemment pas choisi au hasard.

Il emprunte une partie de son inspiration à la permaculture.

Et je précise tout de suite : je ne vais pas vous expliquer comment planter des tomates dans une salle de réunion.

Ce qui m’intéresse dans la permaculture est ailleurs.

C’est sa manière d’observer un écosystème avant d’agir sur lui.

Comprendre les interactions.

Identifier les ressources déjà présentes.

Favoriser les complémentarités.

Chercher des solutions durables plutôt que multiplier les corrections ponctuelles.

Et surtout, accepter qu’un élément ne puisse pas être compris indépendamment de tout ce qui l’entoure.

Transposé à l’inclusion, cela ouvre une perspective qui m’intéresse énormément.

Au lieu de demander uniquement :

« Comment inclure cette personne ? »

Nous pouvons nous demander :

« Comment créer un environnement dans lequel davantage de personnes peuvent trouver leur place, contribuer et évoluer ? »

Ce n’est plus tout à fait la même ambition.

Observer avant de vouloir réparer

Nous avons parfois une étrange passion pour les solutions.

Dans les entreprises, les collectivités ou les institutions, lorsqu’un problème apparaît, nous voulons rapidement agir.

Une formation.

Un nouvel outil.

Une procédure.

Une campagne de sensibilisation.

Une charte.

Et parfois un joli PDF de quarante-sept pages que personne ne lira mais qui permettra de confirmer que le sujet a bien été traité.

Pourtant, avant d’agir, il manque parfois une étape essentielle.

Observer.

Que vivent réellement les personnes ?

Où apparaissent les difficultés ?

Quelles solutions ont-elles déjà inventées elles-mêmes ?

Quels obstacles sont ponctuels ?

Lesquels sont structurels ?

Et surtout : quelles conséquences produisent-ils ailleurs ?

Parce qu’un problème d’accessibilité peut devenir un problème d’autonomie.

Un problème d’autonomie peut devenir un problème de confiance.

Un problème de confiance peut devenir un problème professionnel.

Et nous revoilà au point de départ.

Tout est lié.

Les fragilités peuvent aussi devenir des ressources

Il existe une autre idée importante derrière cette approche.

Nous regardons souvent les fragilités uniquement sous l’angle de ce qu’elles empêchent.

Je connais assez bien ce mécanisme.

Ne pas voir m’empêche effectivement de faire certaines choses de la même manière que vous.

Mon parcours m’a également confronté à des périodes de fragilité où certaines possibilités se sont considérablement réduites.

Il serait absurde de nier ces difficultés.

Mais ce serait tout aussi incomplet de s’arrêter là.

Parce que devoir constamment s’adapter développe aussi des compétences.

Observer autrement.

Anticiper.

Trouver des chemins alternatifs.

Demander de l’aide.

Coopérer.

Tester.

Échouer.

Recommencer.

Parfois inventer une solution parce que celle qui était prévue n’est tout simplement pas utilisable.

Ce que nous appelons fragilité peut donc, dans certaines circonstances, devenir une source d’apprentissage pour tout un collectif.

À condition évidemment de commencer par écouter les personnes concernées.

Pas pour leur demander de devenir des héros de l’inclusion.

Simplement parce qu’elles possèdent une expertise que les tableaux Excel ont parfois du mal à faire apparaître.

L’inclusion ne devrait pas être un projet à part

C’est probablement l’une des idées auxquelles je tiens le plus.

Dans beaucoup d’organisations, l’inclusion devient un sujet.

Il y a le fonctionnement normal.

Et puis il y a l’inclusion.

Une semaine consacrée au handicap.

Une action de sensibilisation.

Un référent.

Un groupe de travail.

Ces initiatives peuvent être utiles.

Mais ce qui m’intéresse avec la Perma’Inclusion est justement d’aller un peu plus loin.

Faire en sorte que l’inclusion cesse progressivement d’être un sujet à part pour devenir une manière de concevoir l’ensemble.

La communication.

Les espaces.

Les outils numériques.

Le management.

L’accueil du public.

La culture de l’organisation.

Les processus de décision.

Et même la manière dont nous réagissons lorsqu’une difficulté apparaît.

Parce qu’une organisation réellement inclusive n’est probablement pas celle qui possède une solution pour chaque situation imaginable.

Ce serait impossible.

C’est celle qui sait observer, écouter, s’adapter et apprendre lorsqu’une situation qu’elle n’avait pas prévue se présente.

Cultiver plutôt qu’ajouter

C’est peut-être là que la métaphore avec la permaculture prend tout son sens.

On ne construit pas un écosystème vivant en ajoutant artificiellement une solution à chaque problème.

On crée les conditions qui permettent aux différentes composantes de fonctionner ensemble.

La Perma’Inclusion part de cette intuition.

Elle n’est pas une recette miracle.

Elle n’est pas davantage une méthode que l’on sortirait d’une mallette en expliquant qu’il suffit de suivre douze étapes pour devenir inclusif avant vendredi 17 heures.

C’est d’abord une manière de regarder une situation autrement.

Observer.

Expérimenter.

Comprendre ce qui fonctionne.

Faire évoluer ce qui ne fonctionne pas.

Puis recommencer.

Finalement, quelque chose d’assez vivant.

Tout est lié

Je pourrais continuer à parler séparément de handicap.

D’accessibilité.

De santé mentale.

D’addictions.

De travail.

De parentalité.

De culture.

De communication.

Et je continuerai probablement à le faire ici, parce que chacun de ces sujets mérite que l’on s’y arrête.

Mais je sais désormais que ce qui m’intéresse le plus se trouve souvent entre eux.

Dans leurs interactions.

Dans leurs conséquences parfois invisibles.

Dans les ressources qu’ils peuvent faire émerger.

Et dans notre capacité collective à construire des environnements qui ne demandent pas constamment aux personnes de s’adapter seules.

C’est là que se trouve, pour moi, la Perma’Inclusion.

Pas dans une nouvelle case.

Précisément dans les liens entre toutes les autres.

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