Nicolas, en veste bleue et chemise blanche, sourit assis dans un fauteuil en rotin noir au bar de son hôtel à Jesolo. Un verre et des coupelles sont posés sur la table devant lui.

Un œil sur Venise — Le voyage que je n’avais pas imaginé

Je suis parti en Italie pour découvrir Venise. Quatre jours plus tard, je repars avec une histoire bien différente de celle que j’avais imaginée : celle de rencontres, d’imprévus, d’accessibilité et de fragilité humaine.

Jour 1 — Quand le voyage commence dans la nuit

Tout commence à Roissy, au milieu de la nuit. Déposé vers 2 h 30 sur un parking presque désert, je cherche mon chemin vers l’aéroport. Même l’assistance à distance de Be My Eyes peine à m’aider : il fait trop sombre pour distinguer quoi que ce soit. Pour un non-voyant, l’ironie ne manque pas de piquant !

Deux jeunes personnes, qui terminaient leur travail, me conduisent jusqu’à la réception de l’hôtel Hilton. Là, un réceptionniste aurait pu simplement m’indiquer la direction du CDGVAL. Il choisit plutôt de m’accompagner personnellement jusqu’au quai.

Après les contrôles, l’assistance et le vol vers Venise, d’autres rencontres facilitent mon arrivée en Italie. Un groupe de Français se dirige même vers le même hôtel que moi, à Lido di Jesolo.

À l’hôtel Miami, je découvre l’accueil italien, une terrasse, le soleil et une première journée faite de petites joies : un déjeuner, du repos, puis un dîner autour de crudités, de pâtes au pesto et au parmesan et d’un tiramisu. Le voyage semble bien lancé.

Jour 2 — Quand les vacances ne se passent pas comme prévu

Mardi, Venise devait être au programme. Mais je n’arrive pas à me lever pour partir. La fatigue et les pensées qui tournent en boucle prennent toute la place. Je reste presque toute la journée dans ma chambre, entre sommeil et séries, avec seulement quelques moments à l’extérieur.

Les voyages ne ressemblent pas toujours aux cartes postales. Derrière les sourires et les photos, il y a aussi les journées où l’on doit reconnaître ses limites.

Jour 3 — Venise peut encore attendre

Mercredi, le scénario se répète. Je parviens à descendre prendre mon petit déjeuner, puis je retourne dans ma chambre. Ce n’est que le soir que je rejoins de nouveau le bar de l’hôtel.

J’étais venu pour arpenter une ville. Je me retrouve surtout face à mes ruminations, à ma fatigue et à cette réalité parfois difficile : même loin de chez soi, on emporte avec soi ce qui nous préoccupe.

Jour 4 — Une histoire de rencontres

Jeudi 22 octobre, c’est déjà l’heure du retour. Une difficulté au moment de régler la note de l’hôtel rend le départ inconfortable. L’établissement fait pourtant preuve de compréhension et me permet d’organiser la régularisation du solde.

Sur le trajet vers l’aéroport, des Français me viennent de nouveau en aide. Ils m’accompagnent pour prendre le bus, rejoindre le service d’assistance et même pour déjeuner. Une fois encore, des inconnus rendent le chemin plus simple.

Je repense alors à ces deux jeunes rencontrés dans la nuit à Roissy, au réceptionniste qui m’a conduit jusqu’au CDGVAL, aux personnes croisées en Italie et à celles qui m’accompagnent aujourd’hui vers mon avion.

Retour à Roissy : une assistance à adapter

À mon arrivée à Roissy, au terminal 2D, le jeudi 22 octobre à 18 h 05, un autre épisode vient nuancer ce récit. L’utilisation d’un fauteuil roulant m’est présentée comme obligatoire. L’explication donnée tient en quelques mots : « C’est la procédure. » Pourtant, je peux marcher : en tant que voyageur non-voyant, j’ai besoin d’orientation et de guidage.

Le fauteuil est indispensable à certains voyageurs. Ce que je questionne, c’est son caractère imposé lorsque le besoin est différent. J’aimerais comprendre cette consigne et les possibilités d’accompagnement à pied. Pour moi, une assistance adaptée commence par l’écoute de la personne et le respect de son autonomie.

L’accessibilité, ce sont bien sûr des équipements, des transports, des procédures et des services professionnels. Mais c’est aussi l’attention de celles et ceux qui prennent quelques minutes pour aider, sans que rien ne les y oblige.

Je n’aurai finalement pas découvert Venise comme je l’espérais. Pour quelqu’un qui avait baptisé son récit « Un œil sur Venise », c’est presque une chute de spectacle : je repars sans avoir vraiment vu la ville, mais avec tant de choses à raconter.

Je voulais découvrir une ville. J’aurai surtout découvert des gens.

Venise m’attendra. L’humanité, elle, était au rendez-vous.

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