Mon histoire avec le mutualisme a commencé assez simplement : par un mail.
Il y a plus de dix ans, la Macif cherchait des jeunes de moins de 30 ans pour réfléchir à ce que pourrait être la complémentaire santé de demain. J’ai répondu à cette sollicitation.
Cette première porte d’entrée m’a permis de participer à plusieurs réunions, de découvrir progressivement le fonctionnement du mutualisme et, quelques années plus tard, de devenir délégué. J’ai exercé ce mandat de 2017 à 2023.
Aujourd’hui, en poursuivant mes échanges avec l’association des anciens délégués, je réalise qu’une partie de ce que j’appelle désormais la Perma’Inclusion était peut-être déjà présente dans ces expériences, bien avant que je mette un nom dessus.
Faire vivre des valeurs plutôt que simplement les afficher
Pendant ces six années, avec le groupe, nous avons notamment mis en place plusieurs actions de sensibilisation au handicap à destination des délégués et des salariés. Nous avons travaillé sur l’accessibilité de l’application et du site Internet. Nous avons aussi organisé différents événements, festifs et sportifs, pour créer du lien et faire vivre nos valeurs autrement que dans les discours.
À l’époque, je ne parlais évidemment pas de Perma’Inclusion. Pourtant, avec le recul, je retrouve un même fil conducteur : que faisons-nous collectivement de ce qui, trop souvent, est laissé à la seule responsabilité de l’individu ?
Mutualiser, ce n’est pas seulement partager un risque
Lorsque l’on prononce le mot « mutualisme », on pense assez naturellement à la santé, à la protection sociale ou à la mise en commun des risques.
Mais derrière son organisation existe une idée qui m’intéresse particulièrement : nous sommes interdépendants.
Nous ne rencontrons pas tous les mêmes difficultés au même moment. Nous n’avons pas tous les mêmes besoins. Nous ne disposons pas tous des mêmes ressources. Et pourtant, nous appartenons au même collectif.
La réponse mutualiste consiste précisément à ne pas laisser chacun se débrouiller seul avec ce qui lui arrive. Cette idée résonne particulièrement avec ma manière de penser le handicap.
Pourquoi faudrait-il toujours compenser individuellement ?
Lorsque l’environnement n’est pas accessible, nous avons encore souvent tendance à chercher comment permettre à la personne handicapée de s’adapter : un équipement supplémentaire, une aide humaine, une compensation, une dérogation.
Ces réponses peuvent évidemment être indispensables. Mais elles arrivent souvent après une première question que nous n’avons pas suffisamment posée : pourquoi l’environnement crée-t-il cette difficulté ?
C’est précisément l’un des fondements de la Perma’Inclusion : ne pas regarder uniquement la personne et ses limitations, mais observer l’ensemble de l’écosystème dans lequel elle évolue — l’espace, les outils, la communication, l’organisation, les autres personnes, les règles, les habitudes et surtout les interactions entre tous ces éléments.
Je n’ai probablement pas inventé la Perma’Inclusion seul
Une approche ne naît jamais de nulle part.
La Perma’Inclusion s’est construite à partir de mon handicap et de mon expérience professionnelle, bien sûr. Mais aussi de mes engagements associatifs, de mes rencontres, de mes erreurs, de mes expériences dans les entreprises et les institutions. Et probablement aussi de ces six années de mandat mutualiste.
Les actions que nous avons conduites autour du handicap m’ont permis de confronter mon expérience personnelle à celles des autres.
Vivre une situation donne une expertise. Cela ne donne pas l’expertise de toutes les situations.
Le collectif permet précisément de confronter ces expériences. Et parfois de transformer un problème individuel en question commune.
De la solidarité à l’écosystème
C’est là que je vois aujourd’hui un pont entre mutualisme et Perma’Inclusion.
Je ne cherche pas à dire que les deux notions sont identiques. Elles ne le sont pas.
Le mutualisme possède son histoire, ses principes et ses structures. La Perma’Inclusion est une approche que je développe pour penser différemment les relations entre les personnes, les organisations et leur environnement.
Mais elles peuvent partager une intuition : nous sommes plus solides lorsque nous cessons de considérer chaque difficulté comme le problème de celui qui la rencontre.
Un document inaccessible à une personne aveugle pourrait être considéré comme son problème. Il faudra alors trouver quelqu’un pour le lui lire ou produire spécialement une autre version.
Mais si l’accessibilité est intégrée dès la conception du document, le problème change de nature. Il n’y a plus quelqu’un à « aider ». Il y a simplement un environnement mieux conçu.
Nous sommes passés de la compensation individuelle à une responsabilité collective.
Mutualiser sans uniformiser
Penser collectif ne signifie pas considérer que tout le monde a les mêmes besoins. C’est même exactement l’inverse.
Une société inclusive doit être capable d’organiser quelque chose de commun tout en reconnaissant les singularités de chacun.
Nous n’avons pas besoin des mêmes choses. Nous n’utilisons pas les mêmes chemins. Nous n’avons pas les mêmes capacités. Mais nous partageons des espaces, des entreprises, des services publics, des transports, des lieux culturels et une société.
La question devient alors : comment organisons-nous cet environnement commun pour que nos singularités puissent y cohabiter ?
Un mandat s’arrête, pas nécessairement l’engagement
Je n’ai pas été reconduit comme délégué en 2023.
Je pourrais considérer que l’histoire s’est arrêtée là. Ce serait pourtant assez éloigné de ma conception de l’engagement.
Aujourd’hui, je souhaite poursuivre cette aventure différemment, notamment à travers l’association des anciens délégués.
Parce qu’un mandat est temporaire. Les convictions qui nous ont conduits à nous engager ne le sont pas forcément.
Tout est lié
Lorsque j’ai commencé à formaliser la Perma’Inclusion, cette phrase s’est rapidement imposée : Tout est lié.
L’accessibilité d’un bâtiment est liée à sa conception. L’accessibilité d’un service est liée à son organisation. La qualité de vie d’une personne est liée à son environnement. Et la capacité d’une société à inclure est liée à la manière dont elle organise la solidarité entre ses membres.
C’est peut-être là que mon histoire avec le mutualisme rejoint aujourd’hui celle de la Perma’Inclusion.
Pas parce que l’une découlerait de l’autre. Mais parce qu’elles m’amènent à poser une question assez proche : que décidons-nous de porter seuls, et que choisissons-nous de construire ensemble ?
Car finalement, une inclusion réellement durable commence peut-être au moment où elle cesse d’être uniquement l’affaire de celui qui en a besoin.
Elle devient alors une responsabilité partagée par tout l’écosystème.
